Allitération
Du latin ad (à) et littera (lettre)
Forme ancienne de poésie qui consiste à répéter des mêmes lettres, des mêmes syllabes pour produire un effet heureux ou imprévu et cacophonique.
L'allitération joue un rôle très important dans l'ancienne poésie scandinave et germanique, et se retrouve dans la poésie allemande ou anglaise des 19e et 20e siècles.
Ce type de consonance poétique convient assez peu à la langue française (« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » - Racine), alors que l'anglais ou l'allemand sont parfaitement adaptés.
Exemples :
Voici les vers merveilleux de Coleridge :
The fair breeze blew, the white foam flew
the furrow followed free.
Au dix-neuvième siècle, dans le but de restituer l'esprit des anciens textes nordiques, le compositeur et librettiste Richard Wagner remettra l'allitération à la mode avec son « Anneau du Nibelung ». Voici quelques exemples tout à fait admirables :
Au lever du rideau, la scène se situe au fond du fleuve Rhin. Les trois filles chantent un air dont la rime porte sur la lettre W (qui a le son « vé » en allemand) et sur la double consonne LL. Cette opposition mélodieuse entre W et LL produit un doux bercement à l'image de celui des flots :
Weia ! Waga ! Woge, du Welle ! Walle zur Wiege ! Wagalaweia ! Wallala weiala weia ! (Das Rheingold, scène 1)
Dans la première scène de l'or du Rhin, le nain Alberich tente d'escalader un rocher. L'action est difficile, mais grâce à son agilité, le nain parvient au sommet en éternuant bruyamment. Dans la première partie de cette scène, Wagner a semé une quantité impressionnante de consonnes dures (g et gl) ainsi que des groupes de consonnes (st, tsch, sch) entre lesquels la langue se bute sur une opposition de H expirés et de coups de glotte. Il ne faut pas chercher la moindre mélodie dans cette allitération : Wagner a voulu simplement évoquer une ascension difficile, périlleuse au cours de laquelle le nain ne cesse de glisser sur la roche gluante, de se blesser en se griffant aux aspérités... Cette évocation sonore est une parfaite réussite et un remarquable exemple d' allitération :
Garstig glatter glitschriger Glimmer ! Wie gleit' ich aus ! Mit Händen und Füssen nicht fasse noch halt' ich das schlecke Geschlüpfer ! Feuchtes Nass füllt mir die Nase ; verfluchtes Niesen ! (Das Rheingold, scène 1)
Enfin, pour conclure, voici le bref salut que le dieu Wotan adresse à son château, le Walhalla, au début de la seconde scène de l'or du Rhin. Pour évoquer la localisation du château qui est situé au sommet d'une montagne, Wagner utilise la consonne dure G et oppose voyelles brèves et longues. Puis, il insiste sur le caractère grandiose du château : succession de consonnes « pr » et de voyelles longues... Le dieu insiste ensuite sur l'aspect guerrier du Burg (emploi massif des groupes de consonnes « st » et « sch ») pour terminer son chant par un glorieux salut : H expiré et conclusion sur un sonore « Bau »... Un pur chef-d' oeuvre :
Vollendet das ewige Werk : auf Berges Gipfel die Götterburg, prächtig prahlt der prangende Bau ! Wie im Traum ich ihn trug, wie mein Wille ihn wies, stark und schön steht er zur Schau ; hehrer, herrlicher Bau ! (Das Rheingold, scène 2)
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