Antilogie
À défaut d'autre nom, nous utiliserons celui-ci pour appeler un emploi de mots qui impliquent contradiction. Les antilogies sont des facéties, des ingénuités, des naïvetés, des niaiseries ou des fautes d'inadvertance. En voici quelques exemples :
Le beau sexe de cette ville est en général laid.
Quand vous voudrez parler commencez par vous taire.
Je me suis levé la nuit et j'ai mis la tête à la fenêtre, et comme j'ai vu que je ne voyais rien, je me suis recouché.
Un pauvre procureur, avant de sortir de chez lui, avait placardé sur sa porte : « Je suis allé me promener au parc Saint James jusqu'à neuf heures. Si vous ne voyez pas suffisamment clair pour lire cet écriteau, demandez de la lumière chez le voisin. »
Un député à la chambre des communes fit observer à la tribune que Hitler était le potentat le plus turbulent de l'univers, et qu'il ne se tiendrait jamais en paix qu'il n'eût recommencé une nouvelle guerre.
Un autre député, après avoir entendu un rapport des plaintes adressées à la chambre sur le grand nombre des suicides, se leva aussitôt pour demander que le suicide fût puni de la peine capitale.
L'imprimeur Thiboust s'est amusé à réunir des antilogies dans les vers suivants :
Un jour qu'il faisait nuit, je dormais éveillé,
tout debout dans mon lit sans avoir sommeillé ;
Les yeux fermés, je vis le tonnerre en silence
par un éclair obscur annoncer sa présence.
Tout s'enfuit, nul ne bouge ; et ce muet fracas
me fit voir en dormant que je ne dormais pas.
Une proposition placée avant une autre qui doit la précéder, selon l'ordre des idées, peut produire une antilogie, comme dans cette phrase :
« Il reçut dans le combat une mort glorieuse et tua trente ennemis de sa propre main ». Pour éviter cela, mieux vaut dire : « Il reçut dans le combat une mort glorieuse après avoir tué trente ennemis. »
Quelques esprits pointilleux ont cru voir une antilogie dans ces vers de J. B. Rousseau : « Qui pourra, grand dieu, pénétrer ce sanctuaire impénétrable... » parce que les mots pénétrer et impénétrable ne peuvent raisonnablement être associés. Cette critique ne semble ni juste ni bien raisonnée ; elle tend à condamner l'hyperbole. Le mot impénétrable signifie ici « difficile à pénétrer », et non pas réellement et proprement impénétrable. Pénétrer une chose impénétrable, réparer une chose irréparable sont des expressions qui vont un peu au-delà de l'exacte vérité.
On dit familièrement « faire l'impossible pour quelqu'un », et par l'impossible on n'entend cependant que des choses réellement possibles. Boileau dit « hâtez-vous lentement » ; ce qui est une antilogie pour le sens propre et ne l'est pas dans le sens figuré.
Mais on fait une faute remarquable en disant qu'une personne « jouit d'une mauvaise santé ou d'une mauvaise réputation ». Le verbe jouir ne doit avoir pour complément qu'un nom de chose agréable ou avantageuse. C'est la même faute de dire « je risque de gagner, de réussir ». Le verbe risquer signifie courir le péril, la chance défavorable, et ne peut avoir pour complément qu'un verbe qui indique un avantage.
L'habitude de dire aux personnes, « donnez-vous la peine d'aller chez lui, donnez-vous la peine de monter, de descendre..., etc. » a fait dire quelquefois : « Donnez-vous la peine de vous asseoir » ; cependant, quand on invite quelqu'un à s'asseoir, c'est pour qu'il soit dans une situation plus commode et non pour qu'il ait une peine supplémentaire.
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