Antistrophe

 

Antistrophe

L'antistrophe, qu'on appelle aussi antimétathèse, régression ou réversion, consiste à répéter quelques mots dans un ordre renversé et corrélatif. Cette figure est un jeu de mots qui trouve sa place dans les épigrammes, les madrigaux, les épigraphes, les sentences, les compliments, et dans toute épître légère et badine.

On connaît cette épigramme sur Didon :

Pauvre Didon, où t'a réduite

de tes maris le triste sort ?

L'un, en mourant, cause ta fuite,

l'autre, en fuyant, cause ta mort.


À Grétry, sur quelques-unes de ses compositions qui n'eurent pas les suffrages de la cour :


La cour a sifflé tes talents,

Paris applaudit tes merveilles :

Grétry, les oreilles des grands

sont souvent de grandes oreilles. (Voltaire)


Corneille dit de Richelieu, qui était en même temps son bienfaiteur et son ennemi :


Qu'on parle mal ou bien du fameux cardinal,

ma prose ni mes vers n'en diront jamais rien :

il m'a fait trop de bien pour en dire du mal,

il m'a fait trop de mal pour en dire du bien.


C'est l'antistrophe qui fait tout le mérite de ces épigrammes ; car ôtez cette figure, et ce ne seront plus que des pensées communes et insignifiantes. Voici à quoi se réduisent les deux premières : « Pauvre Didon, où t'a réduite le triste sort de tes maris ? Le premier est tué et tu prends la fuite ; le second t'abandonne et tu te donnes la mort. » - « Grétry, la cour a sifflé tes talents, et Paris applaudit tes merveilles : les grands sont souvent des sots ». Voici d'autres exemples :


On dit que notre ami Coypel

imite Horace et Raphaël.

A les surpasser il s'efforce ;

Et nous n'avons point aujourd'hui

de rimeur peignant de sa force,

de peintre rimant comme lui. (Voltaire)


Nos bon aïeux trinquaient pour boire,

et puis ils buvaient pour trinquer. (Béranger)


Une sentence ou une maxime exprimée par une antistrophe en devient plus saillante :


Un avare ne possède pas son bien, mais son bien le possède.

L'envieux souffre également du mal qui lui arrive et du bien qui arrive aux autres.

Il faut être jeune dans sa vieillesse et vieux dans sa jeunesse. (Chilon)

Ce ne sont point les places qui honorent les hommes, ce sont les hommes qui honorent les places. (Agésilas)

Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger. (Socrate)

On cherche le bien sans le trouver, et on trouve le mal sans le chercher. (Démocrite)

En temps de paix les enfants ensevelissent leurs pères ; en temps de guerre les pères ensevelissent leurs enfants (La Bruyère)

La vie des héros a embelli l'histoire, et l'histoire a embelli la vie des héros. (La Bruyère)

Quelqu'un demanda à Prior, poète anglais, pourquoi il n'y a pas de mariages dans le paradis. - C'est, dit ce poète, parce qu'il n'y a pas de paradis dans le mariage.


On se sert souvent de l'antistrophe pour caractériser quelque qualité personnelle. C'est ainsi qu'on disait de Marot qu'il était le poète des princes et le prince des poètes ; de Bourdaloue, qu'il était le prédicateur des rois et le roi des prédicateurs.

Une personne disait de deux orateurs que l'un parlait fort bien et que l'autre parlait bien fort. Un historien a dit d'une reine qu'elle avait une grâce majestueuse et une majesté gracieuse.

On confond ordinairement l'antistrophe avec l'antithèse ; mais il y a entre elles cette différence, que la première est une figure de mots et l'autre une figure de pensée. L'antistrophe fait ordinairement une antithèse ; mais l'antithèse ne fait pas une antistrophe. Ainsi les phrases suivantes sont des antithèses, parce qu'elles présentent une opposition de pensées ; et ce ne sont pas des antistrophes, parce qu'il n'y a pas de répétition de mots dans un ordre inverse.

Pour se passer de société, il faut être un dieu ou une bête brute. (Aristote)

Le peuple romain est ennemi du luxe dans les particuliers ; mais il aime la magnificence publique.

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Dernière mise à jour de cette rubrique le 02/06/2008