Echo ou rime couronnée

 

Écho ou rime couronnée

On appelle écho une sorte de poésie dont chaque vers est suivie d'un mot d'une ou de deux syllabes au plus, qui soit semblable à la fin du dernier mot du vers, avec lequel il forme une rime et un sens. Exemple :

Sonnet à la gloire de Louis XIV

Nos yeux par ton éclat sont si fort éblouis, Louis,

que lorsque ton canon, qui tout le monde étonne, tonne.

D'un si profond respect, nous sentons nos esprits pris.

Que ton nom seul partout, ton bras et ta personne, sonne.

Vive le conquérant qui le prince d'Orange range,

et qui met l'Espagnol dans tous les Pays-bas bas.

On le peut bien nommer, sans le trouver étrange, ange,

puisqu'il fait des travaux dont on verrait Atlas las.

Sa présence suffit pour la plus grande affaire faire.

On dit que l'empereur veut lui faire terreur : erreur.

N'a-t-il pas perdu mille fois sous ce vainqueur cœur ?

Son histoire fera roman et commentaire taire.

Son règne plein d'appas rend les plus malheureux heureux.

Gardez-nous à jamais un roi si précieux. Cieux.

Les poètes font bien encore parler l'écho dans leurs vers ; mais ils ne s'imposent pas la difficulté d'en faire une double rime avec des mots répétés. Ils les placent indifféremment au commencement, au milieu ou à la fin du vers, comme dans les vers suivants :

Nommé par son hameau pour décider d'un prix,

Titire, en un vallon bordé de mainte roche,

rêvait seul, méditait un arrêt sans reproche.

Ciel, daigne m'instruire et me dis

lequel chante le mieux de Sylvandre ou d'Atis,

s'écriait-il. L'écho de proche en proche

cent fois répète Atis. Atis chante le mieux,

dit le berger surpris. Les échos de redire

Le mieux, le mieux, le mieux. C'est assez, dit Titire,

Ce suffrage est victorieux.

Il retourne au hameau. Ça ! Dit-il, je puis rendre

entre nos deux rivaux un jugement certain.

Atis chante mieux que Sylvandre ;

Tout le dit d'une voix dans le vallon prochain.

Nous décidons ainsi, crédules que nous sommes,

que d'échos comptés pour des hommes. (Lamotte)

Ces sortes de jeux de mots ne purent se soutenir contre le bon goût du siècle de Louis XIV ; et on n'en fait plus depuis. Car il ne faut pas confondre avec ces échos une sorte de poésie dans laquelle on fait rimer pareillement avec le vers précédent un monosyllabe semblable à la fin de ce vers. Dans les vers à écho, comme ceux que j'ai cités, il y a des rimes indépendamment des syllabes qu'on fait répéter à l'écho ; et dans les vers monosyllabiques tels qu'on en voit dans les exemples suivants, la syllabe répétée fait toute seule un vers. Quelques poètes, entre autres Panard et Vadé, ont su employer avec art dans des chansons, ces rimes monosyllabiques. On est étonné de l'adresse avec laquelle ils ont placé à propos, d'accord avec le chant, et sous l'air d'une agréable rencontre, ces monosyllabes, assez difficiles à encadrer.

Quand de ses feux un jeune cœur d'un ton flatteur vous assure,

croyez-moi, répondez toujours à ces discours Ture lure :

Mettez-vous bien cela là ;

jeunes fillettes ;

songez que tout amant ment dans la fleurette.

Tant qu'un jeune objet n'est qu'amant, quel agrément de l'entendre !

Mais sitôt qu'il devient époux, il est jaloux et peu tendre.

S'il a quelque soupçon, son cœur l'inquiète ;

Il est bientôt, hélas ! Las de son emplette.

Belles, tous vos adorateurs sont des flatteurs, je vous jure :

Le Gascon ne dit vrai en rien, l'Italien est parjure ;

Croyez que le Normand ment en toute affaire ;

Prenez donc un Picard, car il est sincère.

Ton petit minois sans défaut m'a rendu chaud comme braise ;

Toujours brûlant pour les appas, Guillot n'est pas à son aise ;

Je mourrai de souci si ta rigueur dure ;

de ton cœur fais moi donc don, je t'en conjure.

Pour toi mon cœur n'est point ingrat, mais sans contrat point d'affaire :

C'est un trompeur que Cupidon, et la raison me suggère qu'on n'a de ce vaurien rien

quand la bergère donne à quelque garçon son cœur sans notaire.

Pour nous aimer trinquons souvent : L'amour se prend dans le verre ;

Les cœurs forment des nœuds en vain si le bon vin ne les serre :

Ce nœud dure à jamais, mais la sympathie quand Bacchus l'entretient tient toute la vie.

Maris, voulez-vous fuir l'affront qu'à votre front l'on peut faire ?

Au logis ne lésinez point ; c'est là le point nécessaire.

On est pour vous constant tant que rien ne chôme.

Qui ménage l'argent Jean bientôt se nomme. (Panard)

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Dernière mise à jour de cette rubrique le 05/06/2008