Logogriphe

Logogriphe

Aux 18e et 19e siècles, le logogriphe eut son époque de gloire et tous les journaux ne cessaient d'en proposer à leurs lecteurs, grands consommateurs d'énigmes et de charades. Le logogriphe est une énigme qui donne à deviner non une chose, mais un mot, par l'analyse du mot lui-même, dont on a formé d'autres mots par la transposition des lettres ou des syllabes. Prenons un exemple :

Si l'on faisait un logogriphe avec le mot « gloire », on dirait : Je suis ce qui excite l'émulation des grands hommes. On trouve en moi :

1° un titre envié – G L O I R E (roi)

2° une autorité sacrée – G L O I R E (loi)

3° une grande rivière de France – G L O I R E (Loire)

4° une plante utile – G L O I R E (orge)

5° ce qu'un acteur doit bien remplir sur la scène – G L O I R E (rôle)

6° ce qui manque à un aveugle – G L O I R E (œil)

7° un verbe qui exprime, lecteur, ce que tu fais en ce moment – G L O I R E. (lire)

En style de logogriphe, le mot total est appelé le corps ou mon tout, et les lettres ou syllabes sont appelées les membres ou les pieds. La première lettre ou la première syllabe mon chef ou ma tête, et la dernière ma queue.

On prétend que le logogriphe suivant, sur le mot « orange », est le premier qui ait été composé dans notre langue. C'est Dufresny qui en est l'auteur.

Sans user d'un pouvoir magique, mon corps entier en France a deux tiers en Afrique (O R A N G E – Orange, ville de France et Oran, en Afrique). Ma tête n'a jamais rien entrepris en vain (O R A N G E – or) ; Sans elle en moi tout est divin (O R A N G E – ange) ; Je suis assez propre au rustique quand on me veut ôter le cœur (O R A N G E – orge), qu'a vu plus d'une fois renaître le cœur (O R A N G E – an). Mon nom bouleverse, dangereux voisinage ; au Gascon imprudent peut causer le naufrage (O R A N G E – Garonne)

Quelquefois le logogriphe se fait par la simple transposition ou suppression d'une lettre. Par exemple, le mot foie donne sans queue la vertu que tout chrétien doit avoir (foi) et sans tête c'est un animal dont le nom est une injure (oie). Ces sortes de logogriphes et ceux que l'on fait sur un monosyllabe sont les meilleurs ou les moins mauvais, parce qu'ils ont peu d'éléments, qu'ils désignent sans équivoque, en laissant cependant à la pénétration une difficulté piquante, comme dans les exemples suivants :

Ma tête à bas, de grand je deviens fort petit, et je n'ai plus ni pied ni pattes. De savoir qui je suis, lecteur, si tu te flattes, tu crois avoir beaucoup d'esprit.

Tout pécheur qui du ciel veut faire la conquête, doit me punir sans queue et m'endosser sans tête.

Deux membres seuls composent ma substance. Quand j'expire, pour moi c'est une renaissance.

Je suis une prison petite et bien gentille ; je suis, ma tête à bas, ce que cache une fille.

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Dernière mise à jour de cette rubrique le 04/06/2008