La métathèse ou contrepèterie
La métathèse ou contrepèterie est une permutation dans l'ordre des mots, des syllabes ou des lettres. Quelquefois on la fait exprès, par badinage et dans les discours comiques ; mais souvent on la fait sans le vouloir, ce qui arrive fréquemment aux personnes qui parlent avec trop de volubilité. Pour que la métathèse soit exacte, il faut que la phrase ait encore un sens, quelque ridicule qu'il soit. Il y a deux sortes de métathèses, l'une verbale et l'autre littérale.
1) La première consiste à transporter deux mots d'une phrase l'un à la place de l'autre. On la fait facilement dans une petite phrase de deux propositions, par exemple en changeant les vers suivants :
« L'erreur a ses héros, le crime a ses martyrs » ou bien « Le crime a ses martyrs, l'erreur a ses héros » au lieu de : « Le crime a ses héros, l'erreur a ses martyrs » (Voltaire)
C'est ainsi qu'un auteur comique fait dire à un de ses personnages :
« Non, je reste à vos pieds, princesse insupportable, j'avais sur l'estomac un poids incomparable. »
Une actrice d'un fort tempérament, chargée du rôle d'Agrippine dans Britannicus, manquant de mémoire ou de bon sens, au lieu de dire : « Le sénat fut séduit. Une loi moins sévère mit Claude dans mon lit, et Rome à mes genoux » fit une contrepèterie et dit : « mit Rome dans mon lit, et Claude à mes genoux. »
Les métathèses littérales se divisent en deux espèces, l'une complexe et l'autre simple. La première se fait en remplaçant une lettre ou une syllabe d'un mot par celle d'un autre mot. Elle donne quelquefois à la phrase un sens bien plaisant ; par exemple « un sot pâle » pour un « pot sale », « je suis fort de main » pour « mort de faim », « un feu trop près du port » pour « un peu trop prêt du fort », « il faut fendre ce pou » pour « il faut pendre ce fou ».
Le mot galimathias que l'on écrit galimatias a été formé, par métathèse, des mots latins « gallus » (coq), et Mathias, nom d'homme. Dans le temps que les plaidoiries se faisaient encore en latin, un avocat plaidant une cause, où il s'agissait d'un coq appartenant à l'une des parties, qui s'appelait Mathias, à force de répéter « gallus Mathiae » (le coq de Mathias), se brouilla tellement qu'il fit une contrepèterie et prononça « galli Mathias » (Mathias du coq) ; ce qui fit ainsi nommer les discours embrouillés.
La métathèse littérale simple est une transposition de lettres ou syllabes dans un seul mot ; par exemple, « diciffile » pour difficile, « phisolophe » pour philosophe, « farpaitement » pour parfaitement (cette dernière contrepèterie est tirée des « Lauriers de César », une aventure d'Astérix et Obélix)
C'est par métathèse que des vieux mots tels « tourbler, gigier, species » (en latin turbare, gigerium, species) on a fait : troubler, gésier, espèces, ensuite épices. Beaucoup d'autres mots ont une semblable étymologie.
0/10 sur 0 vote
Sélectionnez une note puis validez par "Noter"