Paronyme

 

Paronyme

Les paronymes sont des mots entre lesquels il y a une affinité d'orthographe ou d'étymologie, et quelquefois de signification comme académicien / académiste, affilé / effilé, avènement / événement, éruption / irruption, conjoncture / conjecture, clouer / clouter, éminent / imminent, effraction / infraction, fraction / fracture, cimeterre / cimetière, habileté / habilité, infecter / infester, épigramme / épigraphe, recouvrer / recouvrir, gastrite / gastrique, etc.

On confond souvent les paronymes par ignorance ou par inattention.

Les gens peu instruits dans la géographie ne distinguent pas Bologne, ville d'Italie, de Boulogne, ville de France ; Livourne, autre ville d'Italie, de Libourne, ville de France ; Malaga, ville d'Espagne, de Malaca, presqu'île de l'Inde ; Tibre, fleuve d'Italie, de Tigre, fleuve d'Asie.

Ceux qui ne savent pas la mythologie ni l'histoire disent une voix de centaure pour une voix de stentor, et prennent Pylade, ami d'Oreste, pour Pilate, gouverneur de la Judée.

Les langues épaisses disent fisc pour fixe, risque pour rixe.

Ceux qui sont à la fois sots et ignorants confondent facilement buse et buste, champignon et champion, cigale et cigare, anche et ange, évasion et invasion, cymbale et timbale, brigue et brique, inculquer et inculper, etc.

Certains auteurs utilisent les paronymes pour créer des effets comiques : « J'ai beau me mettre l'esprit à la tortue » / « Mademoiselle, votre mariage est consumé » / « Il y a dans cette maison une estafilade de portes d'excommunication. »

Il y a des paronymes synonymes, dont la distinction n'est pas suffisamment indiquée par les définitions laconiques des dictionnaires ; tels sont les suivants que je vais expliquer :

Paronymes

Synonymes

Matinal se dit de celui qui s'est levé matin et

Matineux de celui qui est dans l'habitude de se lever matin.

Ennuyant signifie qui ennuie actuellement et

Ennuyeux qui ennuie toujours ou longtemps, qui est toujours ennuyant.

Charrier signifie transporter dans une charrette. Mais également : entraîner avec soi, en parlant d'une rivière ou bien dans un sens familier, plaisanter, se moquer.

Charroyer est un synonyme de charrier au sens propre uniquement, c'est-à-dire qu'il signifie également : transporter dans une charrette. En revanche, il n'a pas du tout les autres significations de charrier.

Chanteur se dit en général de celui qui chante, et

Chantre de celui dont la fonction est de chanter dans une église, et figurément d'un poète et d'un rossignol.

Venimeux signifie qui a du venin : Au sens propre, cet adjectif ne se dit que des animaux. (Un serpent peut être venimeux)

Vénéneux signifie également qui a du venin, avec cette différence que dans le sens propre, il ne se dit que des plantes (un champignon est vénéneux). Au sens figuré, dans le style poétique, on les prend l'un pour l'autre.

Vernir signifie enduire de vernis.

Vernisser a la même signification avec cette différence qu'il ne s'emploie qu'en parlant de la poterie, alors que vernir a plus d'acceptions.

Curer = nettoyer quelque chose de creux, tel qu'un puits, une fosse, les dents.

Écurer, fourbir = nettoyer en frottant.

Stomacal = ce qui est bon pour l'estomac.

Stomachique = ce qui est bon pour l'estomac. Les deux mots sont synonymes (liqueur stomacale ou stomachique). Mais le premier qui est le plus ancien tombe en désuétude. On dit substantivement, c'est un bon stomachique, et on ne dit jamais c'est un bon stomacal.

Égaler signifie en général être ou mettre à l'égal d'un autre

Égaliser signifie rendre égal ou uni par l'action de retrancher d'un côté et d'ajouter de l'autre. Les Latins rendent le premier par le verbe simple aequare, et le second par les verbes composés exaequare, inaequare, etc.

Fileuse signifie celle qui file et

Filandière celle dont l'état est de filer.

Laveuse signifie celle qui lave et

Lavandière celle dont l'état est de laver et de faire la lessive.

Funèbre signifie triste, lugubre, qui annonce la mort. Une chose est funèbre par sa couleur, son ton, son air lugubre. On dit une tenture funèbre, un chant funèbre, même s'ils ne sont pas faits pour un objet funéraire, pourvu qu'il y ait dans la couleur ou dans le ton quelque chose de lugubre.

Funéraire signifie qui concerne les funérailles ou le tombeau. Une chose est funéraire par son emploi ou sa destination. Ainsi, on dit un bûcher funéraire, les flammes funéraires, un vase funéraire et non pas un bûcher funèbre, des flammes funèbres, un vase funèbre.

Houppe est une touffe de fils de soie ou de duvet ;

Huppe, une touffe de plumes sur la tête de quelques oiseaux, et le nom d'un oiseau.

Idem signifie le même, la même chose ;

Item, pareillement, secondement, troisièmement, etc.

Oisif = qui est sans occupation. On est oisif quelquefois malgré soi.

Oiseux = fainéant, inutile. On est oiseux par paresse.

Défiance / se défier. On devient défiant, par expérience, quand on a connu la méchanceté des hommes.

Méfiance / se méfier. Il est difficile d'établir une distinction claire entre ces deux substantifs et ces deux verbes ; car on les emploie tous les deux dans le même sens. On est méfiant à la naissance et par caractère. Se méfier, c'est également ne pas accorder sa confiance, se défier c'est la retirer.


Il arrive quelquefois à des personnes instruites, et même à des écrivains de mérite, de confondre les paronymes qui ont quelque rapport de signification. L'un des plus féconds et des plus spirituels romanciers français, Honoré de Balzac, a dit :

« Le peintre fit craquer ses doigts par dessus sa tête » (La Vendetta). Il voulait dire claquer. Faire craquer les doigts, et faire claquer les doigts sont deux choses bien différentes.

Ce type d'erreur peut aller très loin et avoir des conséquences inattendues :

Ainsi, le Maréchal Soult disait, dans une circulaire écrite à ses généraux de division, lorsqu'il était au Portugal, que :

« L'empereur lui ayant enjoint de garder le Portugal à tout prix, il se décidait enfin à accepter les attributs de la royauté. »

On conclut de là que le maréchal se faisait roi du Portugal ; et l'erreur venait de ce mot « attribut » mis pour « attribution ». Par les attributs de la royauté, on entend les marques distinctives, telles que la couronne, le sceptre, etc. ; et par les attributions, on entend le pouvoir et les droits.

Quant aux paronymes qui n'ont aucun rapport d'étymologie ni de signification, comme fort, bord, tort, - coffre, offre, - crotter, trotter, - babines, badine, - caverne, caserne, - dépaver, dépraver, etc., il arrive de temps à autre de les confondre et, généralement, cette confusion a pour nom : lapsus. Par exemple, on dira « manger de la tapisserie » pour de la pâtisserie. Cette permutation de mots produit quelquefois de plaisants effets :

Une actrice, dans le rôle de Camille, de la tragédie des Horaces, au lieu de dire :

« Que l'un de vous me tue, et que l'autre me venge, »

dit :

« Que l'un de vous me tue, et que l'autre me mange ».

Les paronymes occasionnent souvent de singuliers quiproquos dans la conversation, soit d'une part faute de bien prononcer,, soit de l'autre faute de bien entendre. En voici un exemple :

Monsieur de Nédouchel, anglomane1 déterminé, suivait un jour la voiture de Louis XV, qui allait à Choisy. Ce jour-là, il avait plu, et Monsieur de Nédouchel, trottant dans la boue, éclaboussait le roi, qui, mettant la tête à la portière, lui dit : « Monsieur de Nédouchel, vous me crottez. » - « Oui, Sire, à l'anglaise, répondit-il, d'un air très satisfait. » Au lieu de « crottez », il avait entendu « trottez ». Le roi, sans se douter de la méprise, se contenta de lever les glaces avec bonhomie, en disant : « Voilà un trait d'anglomanie ; mais il est un peu fort. »

C'est dans l'impression des ouvrages que ces fautes de paronymie se présentent le plus fréquemment et produisent les plus singulières erreurs. On lisait dans un ancien bréviaire :

« Ici l'officiant tire sa culotte » (pour « calotte »).

1Qui imite et admire les Anglais.

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Dernière mise à jour de cette rubrique le 02/06/2008