Solécisme

 

Solécisme

Le mot solécisme, qui signifie une faute de syntaxe, dérive de Soglia, ville de l'île de Chypre, autrefois Solos, bâtie sous les auspices de Solon. Ce législateur d'Athènes vécut quelque temps à la cour de Philocyprus, roi de Chypre. La capitale de ce prince étant située sur des montagnes, Solon lui conseilla de transférer le siège de son gouvernement dans une plaine fertile.

Son avis fut approuvé, et lui-même se vit chargé de présider à ce changement. La nouvelle ville retint le nom de son fondateur. Bientôt la richesse et les agréments du pays y attirèrent des habitants de tous les cantons. Ce mélange racial occasionna la corruption du langage : Ainsi, faire des solécismes signifie littéralement parler comme à Solos, c'est-à-dire faire des fautes, par ignorance ou par inadvertance, soit en violant les règles de la syntaxe, soit en se trompant sur le genre ou sur la signification d'un mot. Les fautes que font les natifs du pays contre leur langue s'appellent solécismes ; celles que fait un étranger s'appellent barbarismes.

« Un jour, dit Ménage, madame de Sévigné s'informant de ma santé, je lui répondis que j'étais enrhumé. Je la suis aussi, me dit-elle. - Il me semble, madame, lui dis-je, que selon les règles de notre langue, il faudrait dire je le suis. - Vous direz comme il vous plaira, ajouta-t-elle ; pour moi, je croirais avoir de la barbe si je m'exprimais comme cela. »

Cette défaite de madame de Sévigné est spirituelle, mais elle n'en faisait pas moins un solécisme. On doit employer le pronom indéfini « le » pour remplacer un adjectif ou un substantif employé adjectivement. Ainsi, on dira : elle est heureuse, elle le sera toujours ; elle veut être reine et elle le sera, et non pas elle la sera.

Vouloir rendre compte de tous les solécismes qui existent dans notre langue m'engagerait dans une étude qui déborderait les limites de ce site. Il est impossible de rendre compte de toutes les fautes que l'on fait dans la conversation, qui n'est en général qu'un flux de solécismes, de barbarismes et de galimatias, car il est très difficile d'observer scrupuleusement toutes les lois de notre syntaxe.

Je me bornerai donc à faire ici un bref exposé des fautes les plus remarquables, en m'attachant principalement à celles qui sont peu ou mal expliquées dans les grammaires, ou qui n'y sont pas du tout indiquées.

solécismes

Commentaires

Se rappeler de... est un solécisme : se rappeler de sa plus tendre enfance, se rappeler de ce qu'on a fait, se rappeler du temps passé, se rappeler de ses malheurs.

Pour parler correctement, il faut dire : se rappeler sa plus tendre enfance, se rappeler ce qu'on a fait, se rappeler le temps passé, se rappeler ses malheurs. Devant le verbe, il faut employer les pronoms le, la, les, que, et non pas « en », ni « dont ». On dira : c'est un événement que tout le monde se rappelle ; je me le rappelle. Le verbe « se rappeler » demande la même construction que les verbes se représenter, se retracer, se figurer. Il peut être, dans certains cas, précédé des pronoms « en, dont », pourvu qu'il ait un régime direct : « Je ne me rappelle pas tout son discours, mais je m'en rappelle une partie ». « Cet orateur dont je me rappelle la voix et le geste ».

Demander excuse, je vous demande excuse.

Demander pardon, faire des excuses. Demander excuse est un gasconisme. Nous ne demandons à un autre que ce qu'il peut nous accorder. Ainsi, l'on dit bien « je vous demande pardon », parce que celui à qui l'on parle peut répondre : « je vous l'accorde ». Mais on ne peut pas dire « je vous demande excuse », parce que celui à qui l'on parle ne peut pas répondre « je vous l'accorde ». On ne peut pas exiger des excuses d'une personne qu'on a offensée, ou la réparation serait pire que l'offense. Si donc j'ai commis une faute envers quelqu'un, si j'ai fait du mal à quelqu'un, je dirai : « je vous fais mes excuses, je vous prie de m'excuser. » Alors, celui qui est offensé reçoit ou rejette mes excuses, ; mais il ne m'accorde ni ne me refuse point d'excuses.

On craindra de vous imposer ; il nous accuse de lui imposer.

« imposer » et « en imposer » sont deux expressions différentes qu'il faut distinguer. On se sert d'imposer seul pour signifier inspirer naturellement du respect, de la crainte ou de l'admiration ; et on se sert d'en imposer pour exprimer l'intention de mentir, de faire accroire, d'abuser : « C'est un homme dont la présence impose » ; « leur apparence impose au vulgaire idolâtre » (La Fontaine) ; « Loin du faste de Rome, et des pompes mondaines, des temples consacrés aux vanités humaines, dont l'appareil superbe impose à l'univers, l'humble religion se cache en des déserts. » (Voltaire)

Rêver de quelqu'un, de quelque chose n'est pas plus français que songer de quelqu'un, songer de quelque chose.

Le verbe rêver s'emploie comme verbe neutre, avec la préposition à, ou comme verbe actif, avec un régime simple : « rêver à quelqu'un, rêver à quelque chose, rêver une chose ». « Il faut rêver un incident » (Molière) ; « Ils rêvent à leurs divertissements passés » (Fléchier)

Harmoniser

La logique voudrait que le mot harmonie donne un verbe en « ier » et non en « iser ». Ainsi en est-il de : envier / envier, parodie / parodier, calomnie / calomnier, scie / scier, copie / copier. Il faut donc condamner le verbe « harmoniser » comme mot mal formé. Il est intéressant de remarquer que même si son existence n'est pas officiellement reconnue par le dictionnaire, le verbe « harmonier » a été accepté par nombre d'écrivains : d'abord, son créateur, Bernardin de Saint-Pierre (« Une large lisière de gazon, d'un beau vert-gris... s'harmonie, d'un côté, avec la verdure des bois, et de l'autre, avec l'azur des flots. »). M. Nodier s'est servi de ce verbe : « Le murmure des petits flots, le mugissement éloigné des ondes, et le frissonnement des peupliers émus par le vent, s'harmonient avec une douceur inexprimable. » Honoré de Balzac emploie fréquemment cette expression : « Ces savanes... allaient à mon âme et s'harmoniaient avec mes pensées. » « Le moindre décor s'harmoniait avec la pensée première. » « Son nez était un peu trop fort ; mais il s'harmoniait avec une bouche d'un rouge de minium. »

Imiter l'exemple de quelqu'un

Les grammairiens ont statué : il faut dire « suivre l'exemple de quelqu'un » et « imiter quelqu 'un » et non « imiter l'exemple de quelqu'un ». Pourtant, la logique réclame le contraire : « On suit quelqu'un » en marchant sur ses traces, et « on imite son exemple » en le reproduisant.

Vis-à-vis dans le sens de : envers, à l'égard, avec

De temps à autre, on trouve dans les journaux ou dans des discours la faute suivante : « notre politique vis-à-vis des autres nations, de la conduite du premier ministre vis-à-vis de l'opposition... Vis-à-vis ne se prend que dans le sens propre : en face de. Dans son sens figuré, vis-à-vis doit être remplacé par les mots « envers, à l'égard de ».

Laquelle des deux est la mieux ? Celle-ci est la mieux. C'est l'aînée qui est la mieux.

Bien que « laquelle » soit féminin, on doit dire « le mieux » : Laquelle des deux est le mieux ? Celle-ci est le mieux. C'est l'aînée qui est le mieux. Il en est de même pour le plus, le moins : Laquelle des deux travaille le plus ? Laquelle des deux travaille le moins ? L'article le est masculin ou neutre, et c'est le seul genre qu'on puisse donner à un adverbe pris ainsi isolément.

Mettre cuire des fruits, mettre sécher du linge, mettre chauffer de l'eau

Toutes ces expressions avec le verbe mettre sont incorrectes. Employer le verbe mettrent un infinitif, sans préposition intermédiaire, est un solécisme. Il faut utiliser la préposition à : mettre à cuire des fruits, mettre à sécher du linge, mettre à chauffer de l'eau.

De France / de la France, d'Angleterre / de l'Angleterre

On doit dire, avec l'article entre les deux noms : les côtes de la France, de l'Angleterre, les rivières de la Russie, les lacs de la Suisse, les forêts de la Bretagne, les montagnes de la Hongrie, les canaux de la Hollande, et ainsi de tout nom de pays, quand le nom précédent en est une partie intégrante ou une dépendance naturelle ; mais on doit dire, avec la préposition seule : l'ambassadeur de France, d'Angleterre, le parlement d'Angleterre, la campagne (guerre) de Russie, la coutume de Bretagne, les vins de Hongrie, le fromage de Hollande, parce qu'ici le premier nom ne désigne pas une partie intégrance ou une dépendance naturelle du second.

Venez, ceux qui veulent voir ; sortez, ceux qui s'ennuient ; levez la main, ceux qui sont d'avis...

On s'exprime mal quand on prononce ces phrases, car le pronom « ceux », qui est de la troisième personne, ne peut pas servir de sujet au premier verbe qui est à la seconde personne, ni se rapporter comme complément au « vous » sous-entendu.

On dira : Venez, vous qui voulez voir ; sortez, vous qui vous ennuyez ; levez la main, vous qui êtes d'avis ou bien : que ceux qui veulent voir viennent, que ceux qui s'ennuient sortent, que ceux qui sont d'avis... lèvent la main. On peut dire également : Viennent ceux qui veulent voir, sortent ceux qui s'ennuient, lèvent la main ceux qui sont d'avis... Cette dernière façon, peut-être la meilleure, est moins usitée que les deux précédentes.

Comme quoi

C'est une faute d'employer « comme quoi » pour que. On dira : « J'atteste qu'il s'est toujours bien conduit ; Prouvez que vous êtes le propriétaire de ce champ » et non pas « j'atteste comme quoi il s'est toujours bien conduit, prouvez comme quoi vous êtes le propriétaire de ce champ. L'expression « comme quoi » ne peut être bien employée que pour établir une sorte de comparaison, comme dans ces phrases : Vous dirai-je comme quoi il m'a traité ? Savez-vous comme quoi je le considère ?

Pire et pis

Pire et pis sont deux expressions bien différentes, que l'on confond souvent. Pire est un adjectif qui signifie plus mauvais, plus méchant, plus fâcheux, plus violent, plus funeste, plus dangereux. Il est opposé à l'adjectif meilleur, et il doit se rapporter à un nom. Pis est un adverbe qui signifie plus mal, plus méchamment, plus funestement, plus dangereusement, en plus mauvais état. Il est opposé à mieux. « Il n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. », « homme qui femme prend se met en un état que de tous à bon droit on doit nommer le pire. » (La Fontaine). Dans ces exemples, pire veut dire plus mauvais et peut se remplacer dans un sens contraire par meilleur. « L'arbre étant pris pour juge, ce fut bien pis encore » (La Fontaine). On dirait dans un sens contraire : « L'arbre étant pris pour juge, ce fut bien mieux encore ».

Prêt à, près de / prêt de

« Prêt à » et « près de » sont des expressions qui sont différentes et on ne doit pas les confondre. Pourtant, on les confond assez souvent. Le premier est un adjectif qui signifie « préparé à, disposé à ». Le second est une préposition composée, qui signifie « pas loin de , sur le point de » Ainsi, « près de mourir » signifie sur le point de mourir, et « prêt à mourir » signifie résigné à la mort. « Rome, prête à succomber, se soutint principalement durant ses malheurs, par la constance et par la sagesse du sénat » (Bossuet).

Prêt de n'est pas français. L'adjectif « prêt » doit toujours être suivi de la préposition à. Il est étonnant que les meilleurs écrivains se soient si fréquemment trompés sur le sens et la construction de ces mots « prêt » et « près ». Voltaire prétend que le vers suivant de Corneille n'est pas français : « Si près de voir sur soi fondre de tels orages... ». « Près de » dit-il veut un substantif : près de la ruine, près d'être ruiné. » Il faut, comme l'observe Laveaux, que Voltaire ait rédigé cette remarque avec beaucoup de précipitation ; car il prouve lui-même la fausseté de son observation, en donnant pour exemple « près d'être ruiné ». On trouve souvent dans ses ouvrages, ainsi que dans ceux de tous les bons auteurs, un verbe après « près de ».

Ou / et : La mer qui fuit à ma parole, ou la poussière qui s'envole, suivent et comprennent mes lois (Lamartine)

Quand les nominatifs d'un verbe sont liés par la conjonction « ou », le verbe ne s'accorde qu'avec l'un des deux. Pour cette raison, les vers de Lamartine ne sont pas corrects. Il aurait fallu dire : « La mer qui fuit à ma parole, ou la poussière qui s'envole, suit et comprend ma loi ». Autre solution : au lieu d'utiliser « ou », il fallait commencer le second vers par « et ». Dans ces conditions, l'esprit et l'oreille se trouvaient à la fois satisfaits. La même faute se présente dans les vers suivants : « Aussitôt qu'un grand roi penche vers son déclin, ou sa femme ou son fils ont hâté son destin. » (Voltaire) Il aurait fallu dire : a hâté.

Espérer que : J'espère que vous êtes content. J'espère que vous y avez trouvé votre compte.

Après « espérer que », le verbe suivant doit toujours être au futur, et non pas au présent ni au passé. On espère qu'une chose sera ou ne sera pas, parce que l'espérance regarde toujours l'avenir, qu'elle a toujours pour objet les choses futures et éventuelles. Mais à l'égard des choses actuelles, ou que l'on croit actuelles, il n'y a plus lieu d'espérer. Ainsi, on devrait dire : « J'espère que vous serez content », « J'espère que vous y trouverez votre compte ».

Promettre que

Il en est de même avec « promettre que ». Le verbe suivant doit être au futur, et non au présent ni au passé. On dira : « Je vous promets que je viendrai », « je vous promets que je le ferai », parce qu'il dépend de moi de venir, il dépend de moi de faire ce que je promets. Mais quand on dit « je vous promets que je l'ai fait », « je vous promets qu'il est arrivé », « je vous promets que j'ai trente ans », comme on l'entend souvent dans la conversation, on ne sait pas ce que l'on dit ; on fait de singulières promesses, dont l'exécution ne peut être demandée, parce qu'il n'est pas au pouvoir de celui qui promet de s'en acquitter. Il s'agit là d'assurer et non de promettre.

Pincer et toucher

Pincer et toucher, dont on se sert pour signifier jouer de quelques instruments de musique, sont des verbes actifs et doivent se construire avec un régime simple, et non pas avec la préposition de. On doit donc dire : pincer la guitare, pincer le luth, pincer la harpe, toucher l'orgue, toucher le clavecin, toucher le piano. Pincer de la harpe, toucher du piano sont des erreurs. On fait souvent cette faute, en assimilant mal à propos les verbes pincer et toucher aux verbes jouer et sonner, qui se construisent bien avec la préposition de.

Bon ou mauvais emploi du mot « conséquence »

« On se sert du mot conséquent sans en sentir la conséquence. Cela, dit-on, est conséquent ; mais souvent quelle inconséquence ! Est-on grippé ? C'est conséquent ; On tousse, on souffle : en conséquence vient un docteur très conséquent pour vous traiter en conséquence. »

« Un personnage conséquent donne une fête conséquente ; il faut avoir, par conséquent, une mise très conséquente : on y danse, c'est conséquent, et l'on y brille en conséquence ; mais il fait un froid conséquent. On sort : ah ! Quelle inconséquence ! »

« Un baiser est peu conséquent, mais la suite en est conséquente. Qui le reçoit est conséquent, qui le donne est inconséquente. O fillettes ! Par conséquent, apprenez qu'une inconséquence, près d'un amant très conséquent, tire souvent à conséquence. »

« Un ouvrage peu conséquent peut être offert sans conséquence ; Mais l'acheter conséquemment sur parole est inconséquence. L'auteur le dit bien conséquent, je peux le lire en conséquence ; mais je ne serai conséquent qu'en le payant en conséquence. »

L' orateur ne pouvait fixer son auditoire.

Fixer signifie arrêter, déterminer, rendre fixe, stable, constant. On dit fixer un jour, une heure, fixer la valeur des monnaies, le prix des charges, fixer sa demeure en un lieu, fixer son imagination, ses goûts, ses désirs, fixer un esprit volage, se fixer à quelque chose, fixer ses regards sur quelqu'un. On dit aussi fixer les regards de quelqu'un, pour signifier devenir l'objet de son attention. Mais employer le verbe fixer pour signifier regarder, c'est une faute qui est venue, à l'origine, des bords de la Garonne, et qui s'est glissée furtivement de la conversation dans les écrits. Dans son dictionnaire philosophique, Voltaire a formellement rejeté cet emploi du verbe fixer : « On fixe une femme, au lieu de fixer les yeux sur elle. Aucun auteur du bon siècle (du siècle de Louis XIV) n'usa du mot fixer que pour signifier arrêter, rendre stable, invariable. Quelques Gascons hasardèrent de dire « j'ai fixé cette dame » pour je l'ai regardée fixement, j'ai fixé mes yeux sur elle. Alors vous ne savez point si on entend par ce mot, j'ai rendu cette personne moins incertaine, moins volage, ou si on entend, je l'ai observée, j'ai fixé mes yeux sur elle. Voilà un nouveau sens attaché à un mot reçu, et une nouvelle source d'équivoques. » L'équivoque pourrait être plus remarquable dans quelques autres phrases ; par exemple, l'orateur ne pouvait fixer son auditoire, signifie que l'orateur n'avait pas le talent de rendre ses auditeurs attentifs ; et si l'on admet la signification vicieuse du mot fixer, on entendrait que l'orateur ne pouvait regarder ses auditeurs.

Tomber à terre / tomber par terre

Tomber à terre et tomber par terre ne sont pas synonymes. Le premier se dit de ce qui, étant élevé au-dessus de terre, tombe d'en haut ; par exemple, une pierre jetée en l'air tombe à terre.

Le second se dit de ce qui, touchant à terre, tombe seulement de sa hauteur ; un homme qui glisse en marchant tombe par terre ; mais s'il est dans un arbre ou sur une maison, il peut tomber à terre.

Le fruit de l'arbre tombe à terre ; l'arbre déraciné tombe par terre.


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Dernière mise à jour de cette rubrique le 02/06/2008