Syllepse oratoire

 

La syllepse oratoire

C'est une espèce de comparaison ou de métaphore dans laquelle le même mot est pris au sens propre et au sens figuré, comme quand on dit d'un homme qu'il est plus froid que le marbre, plus froid que la glace. Le mot froid est là au sens propre relativement au marbre et à la glace, et au sens figuré relativement à l'homme. Quoique cette figure soit un jeu d'esprit, qui ne doit pas souvent paraître dans les productions de génie, on la trouve employée avec succès dans le style le plus grave.

  • Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur. (Racine)

  • Ces féroces humains, plus durs, plus inflexibles que l'acier qui les couvre au milieu des combats. (Voltaire)

  • Nous sommes vivement frappés de la mort d'un parent ou d'un ami ; mais bientôt le tombeau renferme nos regrets avec celui qui en était l'objet. (Young)

  • La vieillesse attache plus de rides à l'esprit qu'au visage. (Montaigne)

  • Elle tenait à ne ressembler à personne ; elle se créait des rôles et des robes, des bonnets et des opinions, des toilettes et des façons d'agir originales. (Balzac)

La syllepse entre plus facilement et plus naturellement dans le style fleuri et familier. Elle est souvent tout le sel d'une épigramme, et la seule fleur d'un madrigal.

  • Ci-gît ma femme ; ah ! Qu'elle est bien pour son repos et pour le mien. (anonyme)

C'est surtout dans le style badin et plaisant que la syllepse est d'une grande ressource ; elle fait souvent tout le mérite d'un article de journal littéraire ; c'est là qu'on trouve ces sortes de phrases :

  • Les bons mots de monsieur le curé et son vin furent trouvés excellents.

  • Nous arrivâmes assez tard, et bien fatigués de la route et de la conversation de notre compagnie.

  • Ils usent ma sonnette et ma patience.

  • Il ferme son cœur et sa bourse.

  • Quelques mots sur la banque de France seront mieux placés dans ce journal que ne le sont les fonds de la banque.

  • Une poutre en tombant sur un ouvrier a brisé le corps de ce malheureux et l'existence de sa famille.

Les gens sans esprit et sans goût, quand ils veulent créer de nouvelles syllepses ou de nouvelles métaphores, n'en font que de ridicules. Un sot qui alla voir un homme d'un mérite connu, avec lequel il voulait faire connaissance, commença son entretien par ce beau compliment1 :

- Monsieur, comme votre naissance dore votre personne, que votre esprit fait plus de bruit que le tonnerre, que votre savoir dispute de profondeur avec l'océan, que votre bonté est plus douce que le miel, et mon ignorance plus aigre qu'un limon ; je viens à vous, comme à un second Salomon, pour tirer du puits de votre science un plein bassin de belles choses.

1Je vous rassure, cette scène s'est déroulée au XVIIIème siècle. Plus personne ne s'exprimerait ainsi aujourd'hui... Heureusement !

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Dernière mise à jour de cette rubrique le 26/09/2008